À propos
Ce que j’aime
Le vent du vélo, l’odeur de la sève, les petites coupures du bricolage, jouer de la musique avec les amis, ne plus pouvoir quitter un livre, recevoir une carte postale, les pieds dans le sable, le réveil par les oiseaux, embêter un chat, jouer avec le chien, le bruit de la feuille qui se déchire, le sourire des inconnus, le sel des embruns, la neige qui crisse, les films qui font des larmes, l’herbe grasse, rire sans pouvoir s’arrêter, l’odeur du pain grillé, ah, non, je fais un avc, l’odeur du vieux livre, le bruit de la pluie, l’odeur de la terre mouillée, une lumière qui tombe bien sur un visage, les vieilles photos dans les brocantes, les marchés les matins tôt, le ciel plein d’étoiles, les amoureux dans les gares, les ombres chinoises, les nuages avec des visages, les mains qui savent faire les choses, les arbres qui bougent tous ensemble, les trains de nuit, les enfants qui courent sans raison, le bruit des vagues avant de les voir, les mains froides qu’on réchauffe, le ciel juste avant l’orage, les pêcheurs le matin, une église vide, les pierres chaudes de l’été, les escaliers qui grincent, les maisons qui se souviennent, les pas de danse sans musique, une clé qu’on retrouve, le soleil qui réveille entre les lattes du volet, les animaux qui dorment en boule, les vieux bancs, un silence partagé, le tic tac de la montre, une fenêtre allumée dans le noir, le crépitement de l’allumette qui part, les dessins sur une vitre embuée, les chiens qui rêvent en dormant, la poussière qui danse dans un rayon de soleil, les cartes routières mal repliées, les doigts fripés du bain, une maison aperçue depuis un train, les rideaux gonflés par le vent, une cicatrice dont on se souvient de l’histoire, les fleurs qui poussent dans les fissures, les valises couvertes d’étiquettes, les lampes qu’on laisse allumées pour quelqu’un, la chaleur d’une tasse entre les mains, les phares qui traversent une chambre la nuit, faire sonner les cloches, les mains couvertes de farine, les reflets sur le macadam mouillée, le cliquetis des mâts dans un port, une pêche dont le jus coule sur les doigts, les tickets qu’on garde entre les pages d’un livre, les cheveux mouillés qui marquent l’oreiller, le pianiste penché sur son clavier, les bateaux qui tirent doucement sur leurs amarres, un coquillage retrouvé dans une poche, les villes juste avant leur réveil, les boutons recousus avec un fil de la mauvaise couleur, les épaules rougies par le soleil, les choses qu’on retrouve dans la poche d’un vieux manteau, les mains à la peau tannée, les épaules qui se frôlent en marchant, les guirlandes qui s’allument en été, les mouettes qui flottent dans les airs du port, les mains noircies par les mûres, les flaques qui gardent le ciel, les chaussures alignées près d’une porte, les cailloux que l’on ramasse sans savoir pourquoi.
Le main qu’on approche
La queue qui bat
Les oreilles qui se couchent
La patte qui part
Il revient s’asseoir un peu plus loin.
Le bâton trop grand pour lui
Toute cette joie pour quelque chose qu’on va jeter
Les feuilles qui volent
De nouveau huit ans
Les instruments sortis des housses
Quelqu’un qui accorde encore pendant que les autres commencent
Les regards au moment de changer d’accord
Les fins qu’on rate, et qu’on refait
La pièce qui garde un peu le bruit
Une branche cassée au bord d’un chemin
Un tronc qu’on vient de scier, encore clair au milieu.
Une odeur verte, qu’on ne sait pas nommer autrement
On la reconnaît des années après
Les grosses gouttes dans la poussière
L’odeur qui se lève presque aussitôt
On respire un peu plus loin dans son ventre
Les pages ouvertes
Près du nez une odeur
Restée là pendant des années
Le papier doux au bord
On venait chercher une phrase
Une maison revient
Les doigts serrés tout autour
Un peu trop chaud
La vapeur contre le visage
On n’a pas encore bu
Les épaules descendent
Le premier pas dehors
Tout ce blanc, et ce bruit dessous
On marche un peu pour l’entendre
Les joues qui piquent
Personne n’a jamais marché pareil
Le début tout petit
Puis l’orage entre les mains
Un mot coupé en deux
Le silence après
Les petits fils blancs sur le bord
Des mots dont il ne reste plus qu’une lettre
Les premières gouttes
On peut encore les compter.
Puis tout à la fois
La fenêtre entrouverte
On remonte le drap sur soi.
Il peut pleuvoir longtemps
Encore des maisons
Le bruit au bout de la rue
On croit que c’est là
L’iode passe entre les murs
Les pas un peu plus grands
Les embruns nous accueillent
La pièce assombrie en plein jour
Les feuilles très claires contre le noir
Plus rien ne bouge
Une porte claque
On reste à la fenêtre
La chambre encore grise
Un premier chant,
D’autres encore
Des oiseaux dont on ne sait pas le nom.
Le jour arrive.
Le sommeil revient.
La mer jusque sur la bouche
Les yeux fermés, le jour encore rouge à travers
Quelqu’un appelle de loin
Les lèvres qu’on goûte
Il reste de la mer aux cheveux dans au retour
Quelqu’un qu’on a peut-être reconnu
Le visage qui s’ouvre
Un instant, on devait se connaître
Puis les manteaux, les gens
On ne sait plus lequel c’était
Le vent qui n’existe que parce qu’on avance
La chemise qui se gonfle
Les yeux qui pleurent dans les descentes
Les pieds qu’on lâche des pédales
Le cliquetis de la roue libre.
Les odeurs qui passent, une haie, un feu de jardin, une boulangerie.
Comme un îlot
Le temps semble figé
Une étreinte dans la foule
Une main à plat dans le dos
L’annonce qu’ils ont entendue
Ils ne bougent pas
Le sac par terre entre leurs pieds
Les attend sagement
Le dessous pâle des feuilles
Le vent vient de loin
Tout se penche
On le reçoit en plein visage
Les arbres derrière nous continuent
Et dansent
Le pays ouvert sur les genoux
Un pli tout blanc
Le doigt qui suit une route, passe sous le papier
La mer se retrouve au milieu des terres
Les mains levées devant soi
Tous ces petits plis qu’on n’avait pas
L’eau encore chaude autour du ventre
On appuie le pouce sur chaque doigt
Un corps vieux de vingt minutes
Un manteau ouvert qui vole derrière
Les bras font presque autant que les jambes
Le gravier crisse dans les virages
Ils reviennent dire quelque chose
Ils ont oublié
Les voilà repartis
Le pied posé tout au bord
Cette marche qu’on connaît
Le poids qu’on retient encore
Trop tard
Une voix en haut dit notre prénom
La gorge qui se serre
Un visage trop grand dans le noir
On essuie la joue
Du côté où personne n’est assis
Presque rien pour les racines
Une tige comme un épi
Tout ce mur pour une fleur
Les pétales dansent quand on approche
Elle veille seule et silencieuse
Le reste de la maison couché
La porte est entrouverte
Une clé finira par tourner
Et la lumière se glissera sous les paupières
Les doigts qui ne se plient plus tout à fait
Deux mains autour d’une seule
Le souffle dans le creux
On ne sait plus à qui sont les pouces
On les réfugie dans les poches
Ça pique quand la chaleur revient
Des cadres ou s’emmêlent des visages
Le creux dans le canapé
La marque claire derrière un cadre
Les tailles au crayon près de la porte
Une poignée qu’on soulève pour fermer
On tend la main du bon côté
Même après tout ce temps
Une muraille de cagettes
Les odeurs quand on passe
Les voix un peu enrouées
Dans la queue quelqu’un mange debout
Derrière les fleurs, le soleil
Il n’arrive pas encore jusqu’aux fruits
Un nez, un front immense
Les yeux qu’on cherche
Le temps de le montrer
Le vent l’a soufflé
C’est déjà un autre
Un mur éclairé
Les doigts difficiles à faire disparaître
La main s’ouvre, toute la bête s’en va
Le loup arrive encore
On les trouve après, sous l’eau du robinet
Une entaille sur une phalange, une écharde qui reste.
Un ongle un peu noir.
Une étagère qui tient.
Le plafond s’éclaire d’un côté
Les ombres des meubles s’allongent
Comme des animaux sauvages en fête
Tout tourne sans aucun bruit
La chambre est ailleurs
Puis le moteur s’éloigne
Le sable glissé entre les orteils
Tout le poids qu’on lui laisse.
Les yeux fermés face à la mer
L’eau repart, emporte un peu le sol.
Bouger sans faire de pas
La paume posée à plat
Puis toute la joue
Les yeux fermés, les voix plus loin
On change de place pour rester au chaud
La marque de la pierre
Elle reste sur la peau
Le tissu qui quitte doucement la fenêtre
Toute cette place qu’il prend
Un peu de frais sur les jambes
On attend presque quelqu’un
Puis ses fleurs retombent
Les unes sur les autres
La couchette trop étroite pour se retourner
Les chaussures quelque part dessous
Une gare traverse le plafond
On ouvre les yeux dans un autre silence
Le train s’est arrêté
Quelqu’un descend ici
Cela ressemble à un cantique
Un mythe presque oublié
Des noms de villes sous les doigts
Un hôtel déchiré
Les coins qu’on a envie de décoller
Une sangle pend
L’odeur ne ressemble à aucun pays
Des gens serrés pour tenir dans l’image
Pas de sourires
Le vent dans une robe
Un chien qui a bougé
Au dos, une date, un prénom, « été »
Encore un chapitre
La lampe de chevet, seule allumée dans la maison
Les pages qu’on compte avant la fin
Les heures qu’on ne regarde plus.
Les yeux lourds.
L’histoire qui flotte encore un peu dans la journée
Le bruit de la boîte aux lettres
Une photo un peu trop bleue
L’écriture qu’on reconnaît
Les lignes serrées dans le coin
Estompée
Le timbre aussi
Elle reste longtemps là
On ne sait même plus de quoi
Le ventre qui fait mal
Le silence, on y est presque
Plus de bruit
Et l’air qui manque encore
Le trait plus pâle
Le doigt passe dessus
Il faisait beau ce jour-là
La peau a gardé si peu
La porte lourde
Le frais sur les bras
Dans les jambes
Il nous enveloppe
Quelques pas qui s’entendent trop
Une chaise de travers
On s’assied sans bien savoir
Les yeux s’habituent
La myrte emporte le reste
La joue, les petits cheveux près de l’oreille
Quelqu’un qu’on connaît pourtant.
On entend moins ce qu’il raconte
La lumière tremble un peu.
Il faudrait qu’il ne bouge plus
Une allée devant,
Sous un arbre
La porte ouverte sur du noir
On aurait des rêves dans la chambre en haut
Et toute une vie dans le jardin derrière