Arbre de vie
n.m., du vieux toponyme médiéval Tancardi Villa, lit. « le domaine de Tancard ». Tancard étant une interjection germanique courante lancée au linge qui refuse obstinément de sécher malgré le soleil annoncé par Météo France.
Objet ménager d’une laideur fonctionnelle, composé de deux montants branlants reliés par des barreaux suicidaires. Par un glissement sémantique dont la linguistique ne se remettra jamais, le « domaine de Tancard » a fini par désigner, dans 100 % des foyers français mal chauffés, ce séchoir métallique qui orne les balcons de banlieue, les salles de bain exiguës, et les salons où l’on ne reçoit plus personne depuis longtemps, faute de dignité.
Le tancarville se caractérise par trois propriétés essentielles :
1. Sa fragilité légendaire, qui lui permet, sous la simple pression d’une chaussette humide, de s’effondrer comme une démocratie latino-américaine au XXe siècle.
2. Sa propension à pincer le gras des doigts, rappelant que la douleur est un lien social, et que même dans les foyers modestes, la torture est à la portée de tous.
3. Sa mobilité structurelle, qui empêche tout humain sensé de déterminer s’il est ouvert, fermé, à moitié déplié ou en train de muter en parasol.
La légende veut qu’il tienne son nom du pont de Tancarville, qui enjambe la Seine avec une prestance que le séchoir, lui, n’a jamais eue. Ce rapprochement, né d’un humour douteux d’ingénieur, fut accepté par le peuple sans discussion, preuve qu’on peut lui faire avaler n’importe quoi, même la géométrie.
On notera enfin que le tancarville, lorsqu’il est installé dans un salon pendant plus de quarante-huit heures, constitue une déclaration officielle de renoncement à toute ambition immobilière, professionnelle et amoureuse. C’est de quelque sorte l’oriflamme du célibataire exténué : il sèche le linge, mais surtout l’espoir.
