Dans le flux
Au début, la rue va plus vite. Les silhouettes défilent, les voix arrivent de partout. Un moteur dans un intervalle, quelqu’un traverse. Avancer.


Le pas s’accélère. Sans l’avoir décidé. Une ouverture dans la foule. Une épaule à éviter. Le feu qui va changer. Le corps suit, prend le rythme. Sans être attendu quelque part.




Une place se libère,
aussitôt prise.
Les distances se resserrent.
Un sac frôle la main.
Un coude passe.
Le regard cherche.
Tout presse.
Les gestes se chevauchent.
Les directions se croisent.
À peine le temps.
Une voix derrière. Devant.
Cacophonie.


Bord de trottoir.
Hésitation.
Contourne.
Avance.
Un autre s’engage. Le pied quitte le sol sans direction certaine. Une trouée de lumière, des têtes tournent. Le mouvement reprend avant même d’avoir ralenti.
Un visage tout près,
la lumière qui déborde.
Moi aussi, désormais,
je dépasse quelqu’un.





Je ne sais plus depuis quand je marche si vite. L’autre côté de la rue approche. Disparaît derrière des épaules. Quelque chose a retenu le regard. Il faut revenir. Des épaules referment le passage.
Le corps s’est étiolé.


Dans la hâte, quelques portraits saisis. Le cadre arrive trop tard, repart trop tôt. Une joue garde la lumière. Des yeux se dérobent. Les traits s’étirent.




Au bord de l’image, la moitié d’un visage. Une bouche allait parler. Les lumières ont glissé, entraînant un morceau de rue. Tout tient de travers.

Le visage est déjà loin.
Les pas n’ont pas cessé.