Le train
De l’autre côté, près de la vitre, les choses vont trop vite pour avoir un nom.

Poteau, mur, vaches, arbres étirés.




Une maison reste quelques secondes. Les collines suivent. La fenêtre défait tout à mesure que le paysage arrive.
Le temps s’allonge.





Une tête contre le carreau. Un sac entre les jambes. Quelqu’un dort depuis le départ, un autre replie le papier de son repas. Une conversation reprend après un tunnel.

La phrase avait attendu dans le noir.


Les lignes électriques accompagnent la voie.

D’un poteau à l’autre, les fils descendent, remontent. Dansent tout le long du rail. Toujours la même courbe, reprise avant d’être finie.



Ils emportent avec nous le courant de la ville quittée vers celle qui nous attend. Parfois ils s’écartent à travers un champ. Plus loin, les voilà de nouveau contre nous.




Dans le virage, l’avant du train apparaît.
Plusieurs wagons serpentent devant nous,
penchés vers un endroit où nous serons bientôt.

La voie se redresse.
Le paysage reparti de côté.


Chacun transporte une heure d’arrivée, une adresse, quelqu’un à prévenir. On a tous laissé quelque chose derrière. Des mots sur un quai, une porte fermée trop vite, une chambre encore tiède, une tasse de café avec un fond.
Elle laissera une marque.



À bord, cela tient dans un bagage, un écran qui s’allume, un regard levé à l’annonce d’une gare.
Entre deux arrêts, rien ne réclame de se lever. Le café tremble dans son gobelet. Un pied change de place. Combien de temps déjà ? La même personne traverse le couloir dans l’autre sens.


Puis les premières façades. Des balcons, du linge, l’arrière des immeubles. Un morceau de cuisine éclairée, des garages ouverts. Des vies aperçues par leur côté le moins préparé.

Passage à niveau. Les gens dehors attendent au rouge. Un homme tourne la tête vers les wagons. Pour lui, nous filons. Pour nous, il reste.



Quelqu’un cherche son billet. Un autre rassemble ses affaires. La ville se desserre. Quelques jardins encore. Un terrain vide.


Le front retrouve la vitre.
Un poteau, puis un autre.