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en Quelques Jours

Merci pour ton message

« Merci pour ton message »? De la reconnaissance ? Non. Peut-être merci d’avoir été au bout de la démarche ? Quelle démarche ? Celle d’avoir écrit un message peut-être ? 

Mais je n’ai pas écrit pour elle. J’ai écrit à elle. Je veux qu’elle lise et qu’elle entende. Je ne sais pas ce que je peux attendre. Je crois savoir qu’il n’y a rien à attendre. Je veux juste parler. Du silence aussi. Quelque chose de partagé.

Je ne sais pas ce que j’entends. J’entends quoi ? Le bruit des voitures dans la fenêtre. Le store qui danse au bruit du vent. Quand je bouge, le canapé qui grince un peu. Je n’entends pas ce qu’elle dit. Je n’entends pas ses mots. Pourtant c’est la seule chose que je veux entendre. 

Tu ne veux pas m’entendre ? Tu ne sais pas que je veux t’entendre ? J’essaie pourtant de le dire. Je l’ai sûrement mal dit. C’est trop important pour être mal dit.

Pourquoi elle ne veut pas m’entendre. Je lui ai fait du mal. Je crois pourtant qu’elle aussi m’en a fait. Je le sais. Je crois que je le sais. C’est un mal. 

Le mal passe. Non ? Il est passé pour moi. Pas du tout. J’ai juste très envie qu’il passe. Peut-être pas pour elle. Elle n’a pas envie que cela passe ?

Pourquoi on ne voudrait pas qu’il passe. Il ne reste pas grand-chose. J’ai envie de chahuter. Il n’y a pas grand-chose !

J’essaie de le dire. C’est moi qui le dis. Pour toi. Entends-moi.

Entends-le ! 

C’est très froid. Presque procédural. Je veux en entendre plus. Je veux le sous-texte, le prétexte, le post-texte, l’ante-texte, l’épilogue. Tout. Tout sauf la quatrième de couverture. Tout sauf la critique fade de la personne qui n’a rien vu. C’est trop, c’est pas assez.

Il y a tout à voir. Une histoire entière à lire. On pourra continuer de l’écrire si on a tout lu trop vite.

On peut même en écrire une nouvelle. On peut même écrire des histoires qui n’ont rien à voir pour se mettre dedans. Tu crois que là c’est une histoire qui n’a rien à voir ?

On peut en écrire une nouvelle?

Tu ne veux pas en dire plus. Je comprends. Non, je ne comprends pas. Je m’efforce de comprendre. Il ne reste que ça. Un “Merci”, qui valse comme ça. Il n’a pas d’amis pour danser avec lui.

Quelle utilité au mot si on s’arrête là ?

C’est très français. 

« Pardon je dois passer. Merci. »
« Vous prendrez vos médicaments, Merci. »
« Oh, fichez-moi la paix. Merci ! »
« Merci de m’avoir élu ! »

Presque suranné. 

Elle est très française. C’est charmant.
C’est un vacarme de silence. 

On dit merci à qui ? Pourquoi ? On se remercie souvent trop soi-même de la patience d’avoir écouté. C’est bien. Je ne me dis pas assez merci. Mais on ne dit pas assez merci pour de vrai non plus.

Merci pour le café.
Merci d’avoir fait le café comme j’aime.
Merci d’avoir pensé à moi.
Merci d’être là.

Et puis. C’est odieux aussi. 

Comment peut-on dire « Merci », « Ne m’attends pas », « Je te demande » et « Je te souhaite » tout dans le même soupir. C’est un râle. J’ai pas envie de râler. C’est fatigant. Je râle déjà tout le temps. J’aime bien écouter les autres râler. C’est très amusant. Et ça fait une conversation qu’on a envie de remercier, si on prend le temps de s’écouter. De s’expliquer.

Elle n’a rien à me demander. Je lui fais peur ? Elle me déteste ? Ne me demande pas, c’est insupportable. Pas ça. Demande à me voir. Demande-moi de t’écouter. Ne me demande rien. Laisse-moi écrire une autre histoire. En suspens. Que je serai le seul à lire.

Je crois qu’elle ne veut plus qu’on s’explique.

C’est ça le plus triste je crois.
Pour moi.

Je n’aurais rien pu expliquer. Mais j’aurais pu écouter une dernière fois. Et dire merci. C’est tout. C’est assez.

On n’a jamais tout dit. Il y a beaucoup trop de choses à dire. 

Je t’ai dit qu’aujourd’hui j’ai de la fièvre ?
Je t’ai dit que j’ai ressenti le premier frisson d’hiver ? 

J’ai repensé à nous qui nous réchauffions les doigts autour d’un café le matin.

Ça m’a rendu heureux.

J’espère que tu as été heureuse aussi aujourd’hui. Que tu as eu un sourire. Je l’imagine très bien.

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